Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 16:10

Je vous invite aussi à vous plonger dans cette époque fascinante que fut le XIIème siècle grâce au roman de Aude PILORGÉ, publié  récemment par Lettropolis.

 

Pierre-François Ghisoni nous laisse présager le meilleur de ce que tout lecteur de romans attend:

 

De soie, d'or et de sang, tel est le titre du roman historique d'Aude PILORGÉ par lequel l'auteur – une passionnée du Moyen Âge – nous entraîne vers ce XIIesiècle en lequel le royaume de France perdait une de ses reines – la célèbre Aliénor d'Aquitaine – qui, en se remariant avec Henri Plantagenêt, lui apporta en dot deux belles provinces (l'Aquitaine et le Poitou). La guerre de Cent Ans se préparait. Mais nous n'en sommes pas encore là avec ce roman, ce triple roman devrais-je dire.

 

Roman historique, par la description de l'époque, du petit peuple qui vit devant nous, mais aussi des grands, que l'on côtoyait plus aisément en ce temps que le moindre de nos ministres. Les uns et les autres, sont soumis à de rudes conditions de vie ; et c'est peut-être la raison pour laquelle ils en savourent le prix. Et lorsqu'ils se laissent aller à transgresser les grandes lois – car l'imperfection fait partie de notre nature – ils savent autant trembler qu'espérer devant la justice de Dieu.

 

Roman policier aussi, car sur ce fond de rudesse et de violence, il peut arriver que des meurtres aient d'autres motifs que politiques... et pourtant ceux-ci ne manquent pas, au gré des renversements d'alliance et des forfaits des hommes de main de ces puissants. Mais par quelle étrange destinée, ce cadavre se retrouve-t-il dans le chantier de la future cathédrale Notre-Dame ?

Oui, bien avant que Victor Hugo pût y inscrire son fameux fatalitas, l'édifice non achevé – par l'intermédiaire d'Aude Pilorgé – se chargeait déjà de mystère.

 

Mais roman au sens moderne du mot, encore. Car, comment ne pas éprouver une belle attirance (ce mot s'applique aussi à des hommes forts et qui ne renient rien de leur sexe) pour la psychologie du personnage de Pierre Barbier, que nous suivons en son parcours de maître drapier, mais aussi de père de famille, avec tout son amour pour les siens, sa foi en Dieu, mais aussi ses passions, ses faiblesses, à travers lesquelles transparaissent toutes les interrogations de l'homme éternel.

 

Aude Pilorgé est un grand auteur, un triple grand auteur. Alors, mieux qu'en un trop simple article, plongez-vous en ce XIIème siècle...

 
de-soie-.jpg ..

De soie, d'or de de sang.

510 pages

4,85 €

 

 

Avec les compliments de Lettropolis, édition numérique de textes numérisés appelés OLNIs® (Objet Littéraire Naviguant sur Internet)

 


Par Christine HENNIQUEAU-MARY
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Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 15:52

Je suis heureuse de vous présenter l'article de Pierre-François Ghisoni sur l'ouvrage de Henri Moniolle, Le Masque et l'Enclume, dernière publication de Lettropolis. Invitation à une belle découverte.

 



Lettropolis, en ses rendez-vous du foyer, accueille un nouvel auteur,

Henri Moniolle, et un héros reconnu: don Juan, sous ce titre intrigant : 

 

Le Masque et l'Enclume.



C'est le théâtre de la dérision poussé jusqu'au drame. Car, sous le côté « jupons » du personnage, apparaît la face sombre de nos interrogations souveraines.

 

Pour s'en saisir, dans un premier temps, voyons le regard de Lettropolis :

L'histoire en est connue, au moins dans les grandes lignes, car le donjuanisme se confond trop souvent avec le thème du trousseur de jupons. Allons au-delà, allons à la fin de l'histoire – si tant est qu'elle ait une fin – car nous y voyons plutôt un éternel questionnement, à défaut d'un éternel retour.

 

Oui, si le nom même du personnage a basculé, grammaticalement parlant, vers le qualificatif de « commun », son histoire reste mythique, c'est-à-dire qu'elle nous enseigne, et peut-être plus encore, qu'elle nous interroge. Que signifient cette posture, cette extravagance, cette collection de bonnes fortunes, cette manie singulière du défi, et même cet attachement à un valet, souvent étonné, toujours subjugué ? Quel personnage final aura le dernier mot ? Qui ou quoi anime vraiment cette statue du Commandeur ? Quel étrange festin nous est préparé, où, notre place est peut-être déjà retenue, alors que nous pensions ne pas y être invités, autrement qu'en spectateurs ? Car il est des Commandeurs de toutes tailles, pour des transcendances de toutes dimensions, et des délinquants de toutes natures.

 

Allons ! Tout cela n'est que machinerie, statue habilement poussée, imagination fertile de quelques hurluberlus que la plume, le pinceau, la musique, le cinéma démangeaient. Ce n'est pas sérieux. Faisons-en un western, à la rigueur, et passons à autre chose.

 

Un western ? Oui, bonne idée, changeons de style, osons même introduire de la parodie, de l'inattendu, en ce drame joyeux, enjoué, comme le qualifiait Mozart.

 

Dans ce texte, le style d'Henri Moniolle parle autant que l'histoire. Il ose la dérision, les plaisanteries douteuses, voire de franc mauvais goût, il lance des tirades, dont certains diront qu'elles sont boiteuses (ceux-là qui restent de trop faibles contempteurs, jusqu'à ignorer la symbolique des grands boiteux légendaires, des « pris au talon » comme le furent Dédale, Achille, Jacob, entre autres). Il s'offre le loisir – est-ce encore l'auteur, est-ce son héros, ou un subtil équilibre rompu entre les deux ? – de lancer des néologismes, de bousculer l'ordre établi, parce que cela marche bien.   Étrange raisonnement qui en dit long sur le monde. Et quand il joute vraiment, c'est-à-dire lorsqu'il sent la nécessité de s'abriter derrière des pirouettes, et plus seulement de se pavaner comme petit marquis se gonflant de tous ses rubans, c'est qu'il rencontre le seul adversaire humain à sa hauteur.

 

Le seul adversaire ? Le Commandeur ? Non, un autre « don ». Cherchez bien. Vous donnez votre langue au chat. C'est don... don... Q... Oui, osez le dire, c'est de don Quichotte qu'il s'agit, l'homme de la Mancha, le pourfendeur de moulins à vent, l'amoureux des étoiles, ou plutôt d'une seule étoile, cette Dulcinée de Toboso, vague souillon d'auberge, mais réceptacle des plus beaux délires de l'homme inassouvi.

 

Ainsi, poussant l'anachronisme, Henri Moniolle remet nos pendules à l'heure de ces idéalistes intemporels, qui accomplissent en leurs destins une course effrénée vers l'ultime connaissance. Agissent-ils vraiment, ou sont-ils agis, comme le proposent les psychiatres ? Est-il permis à ces modèles, à ces comètes, de dévier de leur course ? Ces grands questionneurs, ces grands franchisseurs de frontières, et pourfendeurs d'idées convenues, que partagent-ils avec le commun des mortels ? Nous ne le savons plus vraiment, car à changer de proportions, nous changeons peut-être de monde. Et finalement, nous ne saurions dire – eux non plus d'ailleurs – s'ils sont bénis, maudits, ou simplement lancés, tournoyants en un ciel dont les espaces infinis, plus ou moins silencieux, nous effraient.

 

Alors, que nous reste-t-il ? Quelle place, quel rôle ? Quelques modèles se proposent. Faut-il prendre les habits du trop fidèle second, ce Portemantèle, valet de pied, valet de nuit, qui endosserait, ou n'endosserait pas les habits du maître, mais qui voudrait, mais qui ne pourrait pas, qui regarde et participe, finalement... ce n'est pas de ma faute... mais quelle belle histoire à raconter aux copains... Ah ! Ce double réduit à la portion congrue, cet anti-héros un peu trop modelé au goût du maître, filant comme anguille entre indignation retenue et curiosité malsaine. À tout prendre, entre le premier rôle et son image trouble, qui aurions-nous envie de fréquenter ? Et sont-ils seulement fréquentables ? Comment choisir entre la figure de premier ordre, et l'autre, qui – heureusement ou malheureusement – se retrouve à des millions d'exemplaires dans nos rues, nos maisons, et sonne peut-être à notre porte, si elle n'est pas déjà dans notre costume, dans nos pantoufles, à se rengorger devant la bassesse des autres, de l'autre, toujours l'autre, l'éternel mis à l'index ?

 

Et si nous supprimions Elvire, Dulcinée, et leurs suivantes, cette Élixir et cette Cajoline qu'Henri Moniolle fait naître pour notre divertissement, comment s'organiserait l'éternelle quête humaine ? Quelles pistes devraient-elle emprunter pour mener plus haut, au risque de la grande rencontre ? Et si, Ève s'invitait à ce débat... et si don Juan et Prométhée se donnaient la main d'étrange façon, en osant franchir les portes du jardin d'Éden, ou du Cosmos si bien tranquille des dieux satisfaits de leur sort... Et si...

 

Et si Lettropolis n'avait pas publié cette belle version d'Henri Moniolle, personne n'aurait su en quel tiroir elle dormirait encore. Mais voilà ! C'est chose faite. Il suffit de lire, pour s'enrichir.

 

 

masque et enclume

 Le Masque et l'enclume
 
Henri Moniolle
 
152 pages, 4,85 €


 

Avec les compliments de Lettropolis, édition numérique de textes numérisés appelés OLNIs® (Objet Littéraire Naviguant sur Internet)


Par Christine HENNIQUEAU-MARY
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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 17:19

Un ami me présenta un jour à un très sympathique jeune maître de conférences en philosophie à La Sorbonne. Cet ami ne tarda pas à m’informer que le philosophe avait signé, entre autres ouvrages, une étude remarquable sur Faulkner, l’écrivain du Sud des Etats-Unis traditionnellement perçu comme un auteur sombre, désespéré. Mauvaise lecture, interprétation erronée et difficilement contredite, que l’étude s’employait à contredire. Mais ce n’est pas là ce qui m’incite à écrire cet article pour le blog de Lettropolis, même si le sujet de l’interprétation, des lectures plurielles, est une question bien intéressante.

Non, ce qui m’intéresse, c’est le véritable motif qui amena le philosophe  à s’immerger des mois et des mois dans la phrase faulknérienne. Je dis bien dans sa phrase, et non seulement dans son univers.
Un philosophe, me direz-vous ? Préoccupé - et passionné - du style d’un romancier au même titre qu’ un critique littéraire  commentant son esthétique ?

Oui ; mais si notre philosophe est ce critique ébloui par la force et la beauté du style de Faulkner, c’est pour atteindre un but bien précis : il s’agit fondamentalement de démontrer que les mots de Faulkner, puissants et magnifiques,détiennent à eux seuls le pouvoir de révéler le seul objet qui devrait requérir toute notre attention : la réalité. S’il est en effet une priorité absolue dans la réflexion  philosophique, c’est bien la réalité : après tout, les choses et les êtres sont, sont là ! C’est incontournable ! On ne peut pas faire qu’elle ne soit pas. Impossible de ne pas en faire l’expérience permanente. Impossible de ne pas la voir, dans son indéfectible présence. Philosopher, c’est en rendre compte, et c’est rendre compte des relations que nous nouons à tout instant avec elle : la phénoménologie a donc raison.

 

Mais écrire des romans aussi, c’est en rendre compte !

 

Et c’est là que Faulkner est un phénoménologue, plus puissant, plus convaincant encore que les philosophes phénoménologues et leurs démonstrations, parce qu’il qui nous immerge, d’un roman à l’autre, dans les êtres et les choses, au cœur même de leur pleine réalité, « en pleine lumière de ce qu’ils sont », révélés sans explication, sans commentaire. La réalité brute, dans sa densité et sa vérité .Ses romans sont le contraire « d’un théâtre d’ombres », d’un monde de fictions qui feraient de nous d’autres ombres. Car dans le roman, c’est bien de notre existence qu’il s’agit, de notre rapport au monde, de notre absolue inscription dans le monde.

 

Si bien que nous trouvons dans cette étude des formules décisives qui ont leur place sur un site d’édition littéraire :

- « Le monde fictif est une variante du monde tout court, une épure qui en montre les structures d’essence invariable ».

-      « Quand l’œuvre existe en tant qu’œuvre, elle est un prolongement de notre existence dans le monde ».

-       « Il y va du monde dans l’œuvre et donc de notre être-au-monde ».

Echos à d’autres formules d’écrivains consacrés, comme celles de Paul Valéry : « Le roman voit les choses et les hommes exactement comme le regard ordinaire les voit ».

 

Et quel est le pouvoir de révélation de l’œuvre romanesque ? Le style. Parce que l’écrivain « habite sa langue », parce que le style est incarné, et qu’il voit le monde à travers lui.

La langue de Faulkner est celle des adjectifs flamboyants, des mots porteurs d’une tension exacerbée, des longues phrases telles des torrents faisant jaillir une musique puissante.

« Le caractère du style tout entier, écrit le philosophe, au service de la révélation qui a pour enjeu le réel, qui se fait entendre, fracassant par delà les métaphores : la langue de Faulkner est la clé du monde. »

 

Alors, pour ceux qui voient dans le roman un genre mensonger, une fiction inutile ; qui croient que le travail du style n’est qu’affaire de jeux de langage artificiels et stériles, faits pour le seul plaisir d’écrivains auto-complaisants en quête d’eux-mêmes, voilà de quoi repenser le roman et le travail de l’écriture !

 

Pas de plus belle justification aux choix des romans que publie Lettropolis : si de l’existence est là, dans une œuvre, par le pouvoir des mots ; ou plutôt si une œuvre rend présente la réalité même du monde et des êtres, alors, elle mérite, par-delà d’inévitables défauts, d’être publiée.

 

 

Par Christine HENNIQUEAU-MARY
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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 17:07

Un ami me présenta un jour à un très sympathique jeune maître de conférences en philosophie à La Sorbonne. Cet ami ne tarda pas à m’informer que le philosophe avait signé, entre autres ouvrages, une étude remarquable sur Faulkner, l’écrivain du Sud des Etats-Unis traditionnellement perçu comme un auteur sombre, désespéré. Mauvaise lecture, interprétation erronée et difficilement contredite, que l’étude s’employait à contredire. Mais ce n’est pas là ce qui m’incite à écrire cet article pour le blog de Lettropolis, même si le sujet de l’interprétation, des lectures plurielles, est une question bien intéressante.

Non, ce qui m’intéresse, c’est le véritable motif qui amena le philosophe  à s’immerger des mois et des mois dans la phrase faulknérienne. Je dis bien dans sa phrase, et non seulement dans son univers.
Un philosophe, me direz-vous ? Préoccupé - et passionné - du style d’un romancier au même titre qu’ un critique littéraire  commentant son esthétique ?

Oui ; mais si notre philosophe est ce critique ébloui par la force et la beauté du style de Faulkner, c’est pour atteindre un but bien précis : il s’agit fondamentalement de démontrer que les mots de Faulkner, puissants et magnifiques,détiennent à eux seuls le pouvoir de révéler le seul objet qui devrait requérir toute notre attention : la réalité. S’il est en effet une priorité absolue dans la réflexion  philosophique, c’est bien la réalité : après tout, les choses et les êtres sont, sont là ! C’est incontournable ! On ne peut pas faire qu’elle ne soit pas. Impossible de ne pas en faire l’expérience permanente. Impossible de ne pas la voir, dans son indéfectible présence. Philosopher, c’est en rendre compte, et c’est rendre compte des relations que nous nouons à tout instant avec elle : la phénoménologie a donc raison.

 

Mais écrire des romans aussi, c’est en rendre compte !

 

Et c’est là que Faulkner est un phénoménologue, plus puissant, plus convaincant encore que les philosophes phénoménologues et leurs démonstrations, parce qu’il qui nous immerge, d’un roman à l’autre, dans les êtres et les choses, au cœur même de leur pleine réalité, « en pleine lumière de ce qu’ils sont », révélés sans explication, sans commentaire. La réalité brute, dans sa densité et sa vérité .Ses romans sont le contraire « d’un théâtre d’ombres », d’un monde de fictions qui feraient de nous d’autres ombres. Car dans le roman, c’est bien de notre existence qu’il s’agit, de notre rapport au monde, de notre absolue inscription dans le monde.

 

Si bien que nous trouvons dans cette étude des formules décisives qui ont leur place sur un site d’édition littéraire :

- « Le monde fictif est une variante du monde tout court, une épure qui en montre les structures d’essence invariable ».

-      « Quand l’œuvre existe en tant qu’œuvre, elle est un prolongement de notre existence dans le monde ».

-       « Il y va du monde dans l’œuvre et donc de notre être-au-monde ».

Echos à d’autres formules d’écrivains consacrés, comme celles de Paul Valéry : « Le roman voit les choses et les hommes exactement comme le regard ordinaire les voit ».

 

Et quel est le pouvoir de révélation de l’œuvre romanesque ? Le style. Parce que l’écrivain « habite sa langue », parce que le style est incarné, et qu’il voit le monde à travers lui.

La langue de Faulkner est celle des adjectifs flamboyants, des mots porteurs d’une tension exacerbée, des longues phrases telles des torrents faisant jaillir une musique puissante.

« Le caractère du style tout entier, écrit le philosophe, au service de la révélation qui a pour enjeu le réel, qui se fait entendre, fracassant par delà les métaphores : la langue de Faulkner est la clé du monde. »

 

Alors, pour ceux qui voient dans le roman un genre mensonger, une fiction inutile ; qui croient que le travail du style n’est qu’affaire de jeux de langage artificiels et stériles, faits pour le seul plaisir d’écrivains auto-complaisants en quête d’eux-mêmes, voilà de quoi repenser le roman et le travail de l’écriture !

 

Pas de plus belle justification aux choix des romans que publie Lettropolis : si de l’existence est là, dans une œuvre, par le pouvoir des mots ; ou plutôt si une œuvre rend présente la réalité même du monde et des êtres, alors, elle mérite, par-delà d’inévitables défauts, d’être publiée.

 

  

Par Christine HENNIQUEAU-MARY
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Dimanche 3 juillet 2011 7 03 /07 /Juil /2011 17:18

Il y a des choses bonnes à rappeler. D'autant plus qu'elles ont leur source dans l'expérience, et non dans des principes érigés en théorie.

En cette fin d'année scolaire, désormais éloignée de tous les jeunes que j'ai accompagnés dans leur aventure intellectuelle, il est tout naturel que je me retourne vers ces heures passées à leur faire entendre les paroles d'auteurs, paroles souvent d'abord obscures, puis comprises comme elles avaient à l'être. A ces jeunes-là, préparés pour l'accueil, se sont présentés des êtres, des tranches de vie, des pensées, tous venus d'un monde autre que le leur: du monde de l'auteur. Et c'est là que se joue le multiple de la vie, ses mille et un tours, jamais la même et pourtant tissant un universel, car les livres, même les plus inspirés d'imaginaire, contiennent l'ampleur de la vie.

Je veux croire que si les livres n'étaient pas des lieux de présence de la vie, les esprits,   jeunes ou moins jeunes, ne seraient pas éveillés à leur contact. Un contact possible par la double qualité de l'auteur et du lecteur des textes,  reliés par un temps de vie partagé, auquel la distance temporelle ne s'oppose jamais. Qualité de l'un, qui sait trouver les mots pour qu'il crée du vivant; qualité de l'autre qui sait  les entendre et donc recréer à l'identique - plutôt que retrouver - ce vivant originel.

Après cette nouvelle année scolaire, ces jeunes-là (et tous ceux qui se sont donné à écouter en eux s'éveiller leur sensibilité à la vie) se sont mis en expansion de vie, en supplément de vie, non celle des autres, mais bien de vie toute intime, pour toujours "bien à eux". Avec leurs mots à eux, ils ont su exprimer la découverte d'une réalité dont on tentait de les convaincre : les livres contiennent la vie. Sans l'expérience directe de cette réalité, quel sens ce principe peut-il avoir? Reste que l'accompagnement pour que le principe se mue en expérience propre est fondamental, même si même souvent le lecteur fait ce chemin seul.

C'est pourquoi les articles réunis dans la catégorie Lettropolis transmet sont bien à être "littéraires" parce qu'ils donnent la parole à ceux qui possèdent la qualité de dire... et de dire la vie.

C'est la vie qui y gagne.

 

Par Christine HENNIQUEAU-MARY
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